22 août 2008
Un bus nommé frayeur
J'avais déjà fait quelques voyages en bus au BF, mais sans doute jamais aussi effrayant que celui que j'ai vécu ce week-end, sur le trajet Bobo - Ouagadougou. La compagnie TCV que mes amis et moi avions choisi était pourtant réputée pour sa qualité et le sérieux de ses chauffeurs...
Lorsque le bus quitte Bobo, en début d'après midi, le ton est déjà donné: klaxon à répétition, vitesse un peu élevée... mais jusque là, rien de bien dérangeant... et nous parvenons à trouver le sommeil.
Quelques heures plus tard, alors que nous ne sommes plus qu'à une centaine de km de la capitale, nous sommes réveillés par les soubresauts du car. Le chauffeur nous fait traverser une zone remplie de nids de poule profonds sans même ralentir.
Lancé à plus de 100km/h sur une route à une seule voie (hé oui, y'a des gens qui viennent d'en face!), il me fait penser à un taureau furieux qui veut tout dévaster sur son passage. Les vélos et voitures sur notre chemin sont même contraints, menacés par le klaxon incessant, de virer dans le bas-coté. J'en vient à penser que nous n'avons plus de freins, mais les coups réguliers d'accélérateur me font vite comprendre que cette conduite folle est bien du fait du chauffeur.
Là ou ça se gate franchement, c'est quand notre bus en croise un autre. Au lieu de ralentir le temps du croisement, il maintient son allure folle et oblige un vélo pour handicapé à finir dans le fossé. 1 minute plus tard, il dépasse un camion transportant de lourdes poutres qui frôlent notre carrosserie...
Je me retourne et je vois tout le reste du bus, composé en grande majorité d'africains, qui scrutent la route avec des yeux inquiets... Visiblement, je ne suis pas le seul à avoir la trouille.
L'enfer va continuer ainsi jusqu'à Ouagadougou. Je crois que je n'aurais jamais été aussi heureux de poser le pied sur la terre ferme. En l'espace de 2h, nous avons failli finir une dizaine de fois dans le décors et d'y envoyer au moins le double d'automobilistes.
Alors que penser de ça? Que c'est la loi du plus fort? Que le plus lourd des véhicules a le droit de virer les autres de son chemin? En tout cas, notre chauffeur ferait bien de repasser son permis et d'être plus prudent la prochaine fois! Car maintenant, je réfléchirai à 2 fois avant de remonter dans un bus de cette compagnie.
15 août 2008
Quand les mendiants deviennent exigeants
En début de semaine, j'ai assisté à une scène qui m'a franchement dégouté. Récit:
Il est 11h du mat. Je suis en train d'attendre, dans une rue bondée de Ouaga. Une petite fille africaine (8 ans?) joue au cerceau sans jamais me quitter des yeux. Elle porte des vêtements en lambeaux, comme tant de gens défavorisés.
Lorsque nous commençons à discuter, je comprend qu'elle vient d'un pays anglophone et qu'elle ne maitrise pas très bien le français. J'arrive néanmoins à lui demander si elle a faim. Devant sa réaction, je demande à une vendeuse de lui servir un bon plat de riz.
La petite fille fait alors la moue et me dit qu'elle préfère que je lui donne l'argent et qu'elle pourra très bien s'acheter de la nourriture toute seule. Pas question qu'elle aille gaspiller son l'argent si elle a vraiment faim. Je refuse. Elle prend alors le plat et s'éloigne vers sa maman.
Elle revient 5 minutes plus tard en me demandant de lui acheter un dessert, un fruit qu'on appelle liane. Lorsque je lui demande si elle a mangé son riz, elle me répond qu'elle attendra midi car elle n'a pas faim. Là, je commence à être franchement irrité par sa façon de faire et encore une fois, je refuse.
5 minutes après, la jeune fille revient à la charge (avec sa mère, cette fois) en me faisant comprendre que maman n'aime pas le riz et qu'il faut que je lui achète des brochettes.
Que voulez que je fasse? Je l'envoie ch...!
Bilan : j'ai voulu nourrir une gosse et voilà qu'on me prend pour une poire! Le prochain mendiant qui me demande à manger risque de recevoir une réponse peu avenante...
30 juin 2008
le yakouba
Le Yakouba… A quoi ça vous fait penser ?![]()
- A une secte japonaise ?
- A une danse contorsionniste indienne ?
- A une boisson alcoolisée africaine ?
- A un plat épicé indonésien ?
J’ai rencontré le Yakouba par hasard, au détour d’un sentier ouagalais. Il
faisait nuit noire. La lune et les étoiles avaient décidé ce soir là de se
reposer sur un épais duvet de nuages. D’une maison voisine filtrait une joyeuse
musique : une amie fêtait son départ prochain et parmi ses convives, il y
avait moi.
Ma rencontre avec le Yakouba fut soudaine, comme un éclair de sympathie déchirant la solitude d’une soirée festive. Je venais d’apercevoir, posé sur un plateau argenté, un petit verre rempli d’un breuvage rouge qui attendait patiemment son heure.
Je le regardais, le désirait, sans vraiment savoir ce qu’il cachait. Sa belle robe rouge me faisait penser aux fleurs de bissap ou à celles des bougainvilliers qui illuminent nos chaumières africaines. Son odeur, quoiqu’un peu forte, laissait échapper des notes subtiles, fruitées, ensorcelantes.
Lorsque mes lèvres atteignirent enfin l’objet de mon désir, ce fut comme une révélation. Goutte après goutte, le breuvage coulait dans ma bouche, inondant mon palais de saveurs doucement alcoolisées. La tête me tournait… mais l’alcool n’y était pour rien.
Ma voisine, me voyant me délecter, s’approcha et me susurra : « Bienvenue dans le monde du Yakouba, où les saveurs de Cognac flirtent avec le meilleur Bissap du Burkina ».
20 juin 2008
On se la refait Mai 68?
Alors que le quarantenaire (ça existe ce mot?) des évènements de Mai 68 vient juste de s'achever en France, voilà que les étudiants burkinabés nous rejouent la scène en version africaine.
La scène se passait mardi 17 juin...
Au départ, cela ne devait être qu'une marche de protestation des étudiants ouagalais contre les conditions déplorables d'études: manque de moyens et de locaux appropriés, manque de personnel enseignant, chèreté de la scolarité, mauvaises conditions d'hébergement et de restauration...
Mais lorsque les étudiants en colère se sont rassemblés autour de la présidence de l'université pour protester, ils se sont heurtés à un mur de forces de l'ordre venus tenter de maintenir le calme. La situation a alors vite dégénéré.
En quelques instants, des étudiants, cailloux en mains, ont érigé des barrages, empêchant les usagers d'emprunter le boulevard qui longe l'université. La réponse des forces de l'ordre (police et CRS) ne se fait pas attendre: gaz lacrymo, matraque, arrestations en nombre, ... tout est bon pour mater la révolte estudiantine.
Quand le calme revient, en fin de soirée, l'avenue Charles de Gaulle ressemble à un vaste champs de bataille: des pavés jonchent le sol, des pneus finissent de bruler, des agents armés arpentent les lieux l'air soucieux...
La bataille est finie. Mais quelle bataille? Celle d'étudiants qui réclament le droit à un enseignement de qualité? On ne saurait trop dire... car la plupart avaient opté pour une marche pacifique. Comment la situation a-t'elle pu dégénérer à ce point? N'y aurait-il point derrière tout ça une manipulation quelconque ou encore des casseurs qui ont profité de la situation?
09 juin 2008
En progrès...
L'autre jour, en allant faire mes courses dans un "super marché" de la capitale, j'ai remarqué que les vigiles avaient abandonné leur matraque et leur couteau pour un simple bout de tuyau...
Maintenant, au lieu d'égorger ou massacrer un voleur de pommes pris la main dans le sac, on se contentera de le latter à coup de flexible de douche... c'est plus marrant!
C'est bien, on progresse...
03 mars 2008
Une recette contre la corruption
La corruption...
Autour de nous, nos amis font trop souvent le point sur les tristes expériences qu'ils vivent: à chaque carrefour, dans chaque administration, la corruption est solidement installée et menace aussi bien les citoyens burkinabés que les touristes.
Que faire pour assainir la situation? Un policier qui, l'autre jour, a voulu m'arrêter à un carrefour a fait les frais d'une méthode un peu osée.. mais efficace.
Pour le contexte, je suis en mobylette et je veux aller à gauche à un carrefour. A cause du flux de véhicules en sens inverse, je me place et attend sagement mon heure pour tourner. Un policier me fait signe de me garer. Je n'aime pas trop le sourire qu'il a au coin de la bouche. Malgré le feu devenu rouge, des véhicules continuent de passer derrière moi.
- lui: Vous venez de griller le feu.
- moi: Pardon, mais il ne me semble pas avoir grillé le feu: celui-ci était au vert quand je suis passé.
- lui: Si! vous êtes passés au feu rouge! je vais vous dresser une amende.
- moi: Je ne comprend pas. J'ai franchi le feu au vert, mais le temps de dégager la voie, effectivement, le feu était passé au rouge.
- lui: Bon, on va s'arranger: je ramène l'amende à 10 000fcfa. Ca vous va?
- moi (un peu énervé tant par le prix que par la méthode): je ne vais pas payer une amende pour une faute que je n'ai pas commise.
- lui: Dans ce cas, nous allons emmener votre moto au poste.
- moi (pris d'une subite inspiration et prenant une voix martiale): Officier, puis-je vous demander votre matricule svp?
- lui: Pourquoi?
- moi: Parce que j'estime que vous m'arrêtez injustement. Je vais de ce pas éclaircir la situation avec votre directeur de la police. Donnez-moi votre matricule et nous en rediscuterons là-bas.
- lui (baissant les yeux): Bon ça va, vous pouvez y aller.
J'ai manqué de m'étrangler de rire en voyant le visage du flic se décomposer. Visiblement, il ne s'attendait pas à une telle réaction. J'ai hésité un instant à continuer le jeu et à vraiment aller voir le directeur... mais bon, j'ai échappé à l'amende, c'est déjà ça!
Conclusion: Lorsque la corruption est flagrante, une petite allusion à un recours immédiat à la haute
hiérarchie peut être efficace. Cependant, il vaut mieux s'assurer que vous êtes à 100% dans votre bon droit: sinon, vous risquez d'énerver votre interlocuteur et ça risque de mal se finir.
25 février 2008
Un 4x4 dans la ville
Il devait être 7h du mat. Le vent encore frais filait le long de l'avenue, chassant la pollution des nombreuses mobylettes patientant au feu rouge. parmi elles, tous ces gens allant prendre leur service ou en revenant, il y avait moi... et à coté, un gros 4x4.
C'est bizarre un 4x4 à Ouaga. C'est un peu comme un éléphant au beau milieu d'une fourmilière.Rien ne lui fait peur! Tout lui est permis! Un 4x4 c'est fait pour aller dans la brousse, pour dompter la nature sauvage... alors il ne va pas se laisser embêter par un feu rouge ou par une nuée de mobylettes. Non mais!
Ce 4x4 là appartient à une ONG dont je tairais le nom par respect pour ceux qui la financent (vous!)... Arrivé en trombe au feu (il ne doit pas connaître le frein moteur), il fait ronfler ses chevaux sous le capot, dépensant en une minute probablement autant d'essence que moi en 1 heure...
Ah oui d'ailleurs, à quoi sert un monstre si consommateur d'essence dans une ville si plate? Quand on voit le coût du carburant et les faibles ressources de la population environnante, on se dit qu'il faut au moins disposer d'un tel engin pour prouver qu'on est un blanc tout gentil dont le seul but est de venir en aide aux autochtones. Ouais... mon œil!
A demi asphyxié malgré la bonne brise, je tente d'échapper aux tuyères de l'engin. La passagère, une nassara, entrouvre la vitre, laisse négligemment tomber par terre une pièce de 10fcfa à l'attention du mendiant du coin et sans un autre regard ni sourire, retourne se réfugier dans l'univers tranquille de son monstre mécanique.
Le feu passe au vert. Le 4x4 démarre en trombe, klaxonne furieusement un pauvre cycliste qui n'avait pas eu le temps de dégager la route et disparait dans la jungle ouagalaise. Son conducteur est sans doute fier: il aura bravé les dangers de la route, aura manoeuvré son engin avec maestria..., mais il aura surtout prouvé, une fois de plus, qu''il ne suffit pas de mettre un âne au volant d'un 4x4 pour en faire un carrosse.
18 février 2008
Leçon de séduction...
Moi qui croyait tout savoir des techniques de drague... j'en ai découvert une nouvelle le week-end dernier. Je ne résiste pas au plaisir de partager ces rares instants de délicatesse et de poésie...
Situons d'abord la scène: samedi soir, dans une boite bien connue de la capitale burkinabé, je cherche désespérément un siège pour siroter ma sucrerie. Il semble n'y avoir qu'une seule place disponible, à coté d'une demoiselle.
Le dialogue s'engage ainsi:
- moi: bonsoir, je peux m'assoir?
- elle: oui bien sur.
- moi: merci.
- elle: tu es français?
- moi: oui mais je vis à Ouaga depuis un certain temps.
- elle: j'ai envie de discuter avec toi. Tu m'emmènes chez toi?
- moi: heu non, je ne suis là que pour danser.
- elle: tu ne veux pas de moi? J'ai des fesses. Tu aimes les fesses?
- moi: oui, mais uniquement celles de ma femme!
- elle: ...
Devant une telle finesse dans la technique de séduction, je reste pantois!
29 octobre 2007
Tout augmente!
Mauvaise surprise pour moi samedi dernier. Mon caddie habituel m'a couté beaucoup plus cher que la semaine
précédente. Certains prix ont presque 50% d'augmentation.
Alors que la rumeur d'un prochaine dévaluation de 40% du fcfa circule (certains parlent de la fin d'année 2007), des magasins peu scrupuleux s'enf foutent plein les poches à l'avance.
Si l'impact sur les produits agricoles est encore minime, que se passera-t'il lorsque les prix du carburant flamberont?
Et si on songe à totues ces personnes qui avaient déjà du mal à acheter de quoi survivre... comment vont-elles faire face?
22 octobre 2007
Un pays nommé "Corruption"
Corruption! Mot terrible qui revient chaque semaine dans les journaux du pays. C'est à croire qu'un seul jour ne peut s'écouler sans qu'un scandale ne vienne rappeler aux burkinabés combien leur administration est peu fiable.
Quelques exemples, vécu en direct par des amis:
- On vous colle un PV? Donnez une part de l'amende au policier, et hop, l'affaire est entendue.
- Besoin urgent d'une carte d'identité? Un petit billet glissé au fonctionnaire réduira à 2 jours un délais normal d'un mois.
- Des ennuis avec le fisc? Le prochain collecteur d'impôts qui passera près de chez vous acceptera peut-être, contre rettribution, d'effacer votre nom de la liste noire!
Face à ce phénomène généralisé, la population se sent désemparée. "On fait avec", On a pas le choix", et "même si on déteste ça, on sait qu'on devra faire pareil, pour survivre"... De telles phrases font peur à entendre! Ca vous fait franchement remettre en doute le nom même du Burkina, "pays des hommes intègres"!
Heureusement qu'il existe quand même des gens honnêtes et que des mesures sont progressivement prises pour redonner à cette administration burkinabé le respect et l'intégrité qu'elle mériterait d'avoir.
Mais y'a encore du boulot!








